Le Gouvernement a annoncé une transformation profonde de Parcoursup : davantage de transparence sur les critères de sélection, un droit à l’explication en cas de refus dès 2027, la création de 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur et le remplacement de la plateforme en 2028.
Hier, le Gouvernement a annoncé une transformation profonde de Parcoursup : davantage de transparence sur les critères de sélection, un droit à l’explication en cas de refus dès 2027, la création de 15 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur et le remplacement de la plateforme en 2028.
De leur côté, les représentants des lycéens continuent d’opposer à l’outil :
- son opacité sur les critères réels de sélection notamment en fonction de la provenance géographique, sur la réputation du lycée d’origine, sur ce qui est fait des dossiers
- le manque de place dans les filières en tension
- la pression sur le choix des spécialités qui pèse sur la pertinence des dossiers, sur chaque note qui compte dès la 1ère, sur le nombre de dossiers à faire en peu de temps…
Au-delà de la plateforme, c’est toute la question de l’orientation et de l’avenir des jeunes qui est posée. Lors de notre Grand Forum de l’Éducation, nous avions invité des intellectuels, des experts, des acteurs de terrain et des jeunes à partager leur analyse de Parcoursup. Leurs interventions éclairent les enjeux de la réforme annoncée.
Une machine qui décide à la place des jeunes ?
- Boris Cyrulnik observait que les déterminismes sociaux qui pesaient autrefois sur le destin des individus semblait désormais semblaient faire remplacés par des décisions prises par la machine.
- Cynthia Fleury critiquait le fait que Parcoursup est un outil d'hypercatégorisation, exigeant des jeunes des choix très précis, et non d’être véritablement conçu à partir de leurs besoins.
- Un jeune décrocheur racontait avoir traversé son orientation en « autopilote », avec le sentiment que quand on ne sait pas quoi choisir, quelqu'un finit par décider à votre place.
Une promesse de choix contrariée par le manque de places ?
- Éric Charbonnier (OCDE) rappelait que 95 % des candidats avaient reçu au moins une proposition en 2024, soit en tête des outils disponibles au niveau de l’OCDE, contrebalancé par le constat d’échec d’orientation les années suivantes avec seulement 34 % des étudiants qui achèvent leur licence en trois ans.
- Marie-Caroline Missir (VersLeHaut) soulignait le paradoxe d'un service public numérique performant, mais porteur d'une injonction contradictoire : on encourage les jeunes à suivre leurs goûts avant de leur opposer la réalité des capacités d'accueil.
- Ghislaine Morvan-Dubois (CDAFAL) dénonçait un entonnoir créé par l'insuffisance de places et la pression du contrôle continu, plaidant pour un véritable droit à l'erreur.
- Laurent Courtois (Cnam) alertait sur le développement d'un enseignement supérieur privé « hors Parcoursup », coûteux, dont la qualité et les débouchés ne sont pas toujours suffisamment garantis.
Une orientation qui laisse trop peu de place aux hésitations et aux réorientations ?
- Martin Hirsch proposait de penser un parcours d’orientation et d’accompagnement continu sur 6 ans de la seconde à la troisième année de licence, afin que les choix se construisent progressivement, par adhésion plutôt que par renoncement.
- Philippe Goémé, professeur en micro-lycée, rappelait combien le sentiment d'injustice dans l'orientation et la notation pouvait contribuer au décrochage.
Pour nous, Fondation AlphaOmega, ces constats mettent en lumière un malentendu fondamentale sur la fonction de Parcoursup. S’agit-il d’un outil de type matching pour répartir les candidats entre des formations aux capacités limitées ou bien d’un véritable dispositif d’orientation ?
La distinction est essentielle. Lorsqu'un jeune sait précisément ce qu'il veut faire, la plateforme peut faciliter ses démarches. Mais lorsqu'il hésite, connaît mal les formations ou n'a pas de projet défini, elle lui demande de formuler des choix qu'elle ne l'aide pas suffisamment à construire.
Deux angoisses se superposent alors :
- la peur de s'engager dans des études qui ne plaisent pas
- choisir une formation qui ne débouchera sur aucun emploi.
Ces peurs contribuent à concentrer les candidatures sur quelques filières réputées porteuses (plus ou moins à raison), alors que les jeunes connaissent souvent mal la diversité des métiers et les différentes voies pour y accéder.
Ce qu’il se passe en ce moment autour de Parcoursup représente une occasion unique de repenser certains leviers :
- Sur l’aspect machine : comme le disent si bien Boris Cyrulnik et Cynthia Fleury, face à un outil qui agit comme une machine, si l’on veut sortir de ce ressenti que la machine décide à la place des individus, il faut remettre de l’humain pour rééquilibrer. Par exemple, des entretiens individuels en complément des dossiers lorsque cela est possible, permettraient de mieux comprendre les attentes et les motivations des candidats. La transparence doit également porter sur les effets du lycée d'origine et les différences de notation entre établissements.
- Sur l’aspect orientation : un professeur principal ne peut, à lui seul, connaître tous les métiers, leurs évolutions et les besoins de recrutement. Les établissements, les entreprises et les acteurs économiques doivent contribuer davantage à l'orientation, notamment pour rendre visibles des parcours moins connus et les métiers émergents. Cette information devient d'autant plus nécessaire que les transformations liées à l'intelligence artificielle alimentent les incertitudes sur l'emploi.
- Sur la question du droit à l’erreur que souligne Ghislaine Morvan-Dubois ou que 95% des bacheliers reçoivent une proposition, il faut se rendre à l’évidence que pour beaucoup cela ne signifie pas obtenir la formation souhaitée. Un premier choix décevant ne devrait pas compromettre la suite d'un parcours. Or les étudiants qui souhaitent se réorienter se retrouvent souvent en concurrence avec les nouveaux bacheliers. Il faut développer les passerelles entre formations, faciliter les changements de cursus et mieux articuler les différentes étapes du supérieur, de la licence au master.
- Sur la question d’adapter les capacités d'accueil aux aspirations et aux besoins : malgré l’accès d’une classe d’âge au bac, la massification de l’enseignement supérieur semble n’avoir pas suivi le rythme de ce changement d’échelle, il faut un investissement suffisant dans les formations publiques. Le privé ne peut constituer la seule réponse aux tensions, notamment lorsque la qualité des formations et leurs débouchés sont insuffisamment contrôlés.
- Sur la question de la réussite dans le supérieur, il faudrait que cela devienne un objectif aussi important que l'accès aux études. Le décrochage post-bac et les difficultés à terminer une licence montrent les limites d'un système qui se concentre sur l'affectation initiale, sans assurer suffisamment la continuité des parcours.
Au fond, Parcoursup cristallise deux problèmes différents : celui de l'affectation dans des filières où les places manquent, et celui d'une orientation qui peine à accompagner les jeunes dans la construction de leur avenir. C'est sans doute là que réside une partie du malentendu entre les lycéens et le Gouvernement.
Améliorer la transparence des décisions, augmenter les capacités d'accueil et remplacer l'outil sont bien sûr des avancées nécessaires, mais elles ne suffiront pas si l'on ne repense pas également l'accompagnement, les passerelles entre formations et la place accordée au droit à l'erreur.
Il en va de la capacité d’un jeune au seuil des études de pouvoir aborder son avenir avec davantage d’assurance qu’il pourra développer des compétences tout au long de son parcours pour s’insérer avec succès dans un monde professionnel qui a plus que jamais besoin des jeunes avec des compétences d’adaptation et d’apprentissage tout au long de la vie.