Emeutes, destructions, vandalisme …

Que nous disent les écoles saccagées 

Les écoles vandalisées pendant les émeutes de juin 2023 montrent que pour beaucoup de jeunes l’école est le lieu du mal-être et de l’échec et non de l’épanouissement. Cette dimension, déjà notable pendant l’épidémie du COVID, renforce la nécessité d’une alliance positive de tous les acteurs, enseignants, parents, Etat, associations autour de l’enfant

Tant de colères dirigées contre un lieu d’éducation, de socialisation, de préparation à la citoyenneté ne peut relever d’un simple amalgame avec les autres bâtiments de la puissance publique. Les émeutes nous envoient un signal fort : pour ces jeunes en colère, l’école n’est pas un lieu d’épanouissement, bien au contraire, c’est un lieu de mal-être, d'échec social

La perte d’espoir des décrocheurs

Au-delà du symbole de l’Etat attaqué ce que nous percevons, c’est la perte d’espoir. Notre étude IFOP de mars 2022 "Dans la tête d’un décrocheur menée auprès de 1107 jeunes de 15 à 29 ans, mettait déjà cette dimension en exergue. Les principaux sentiments associés à l’école étaient pour les sondés:

  • L’angoisse : 57% des NEETS (ni en emploi, ni en études, ni en formation, not in education, employment or training)  interrogés disent avoir eu peur d’échouer à l'école, en particulier les femmes (67 % contre 44 % pour les hommes) ; 54% se sentaient angoissés en classe avec une surreprésentation des femmes (59% contre 46% pour les hommes). 

  • L’abandon: un sur deux disent avoir rencontré des difficultés familiales et 41% ne se sentaient pas soutenus dans leur scolarité par leur entourage 

  • Le regret : plus de un sur deux regrettent aujourd’hui de ne pas avoir poursuivi des études, en particulier les femmes (59% contre 47% pour les hommes) 

  • Le pessimisme : 85% des NEETS ont le sentiment qu’il sera compliqué de réussir leur vie professionnelle et près d’un sur deux se disent pessimistes sur leur avenir.

En avril 2020, au plus fort de la crise COVID, nous avions alerté les pouvoirs publics sur les effets d’un décrochage dans le décrochage . La démobilisation gagnait un plus grand nombre de jeunes en raison des conditions de l’enseignement à distance. Nous nous étions inquiétés de cette démobilisation de toute une génération de jeunes issus de milieux modestes. Aux confinements qui avaient mis une distance supplémentaire avec les enseignants et les apprentissages, s’était ajoutée l’idée que l’école n’était plus une référence absolue. Elle était devenue optionnelle. Cette fragilité du lien avec l’école se manifeste aujourd’hui au grand jour.

Des solutions existent

Nous estimons à 2 millions le nombre de jeunes en France, scolarisés mais en difficulté dont une grande partie se concentre dans les quartiers prioritaires, et dans les établissements scolaires en REP/ REP+ (Réseau d’éducation prioritaire). Il est urgent d'augmenter l'ompact des associations qui n’accompagnent - pour les plus importantes - que 10 à 20% des jeunes qui en ont besoin. Les élèves qui ne bénéficient d’aucun soutien sortent prématurément du système avec un sentiment amer. Pour eux, l’école apparaît comme un facteur de relégation et de dévalorisation et non de réussite personnelle, sociale ou économique.

Le tissu associatif que nous soutenons a été très largement mobilisé pour maintenir ce lien pendant la période COVID. Aujourd'hui, ces efforts sont très largement insuffisants.

Une alliance éducative

La Fondation milite pour une alliance éducative autour de l’enfant, où chacun peut jouer pleinement son rôle : parents, enseignants et associations. Dans cette alliance, les associations jouent un rôle à la fois de liant et d’apport d’expertise pédagogique. Elles proposent ce qui manque le plus aux jeunes de milieux modestes : les prérequis nécessaires pour suivre à l’école, avec une forte implication des parents. 

L’action des associations éducatives est décisive pour que les jeunes puissent se sentir mieux dans les apprentissages et trouver à partir de l’école les moyens de construire leur avenir. Nous demandons aux pouvoirs publics de développer l’action des associations sur les territoires qui en ont tant besoin. Collectivement, nous devons et pouvons mieux faire. La Fondation AlphaOmega jouera son rôle en mobilisant massivement les acteurs du privé pour financer le développement des grandes associations.

Elisabeth Elkrief, directrice générale de la Fondation AlphaOmega.

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