L’état d’esprit de développement

Changer sa manière d'apprendre en adoptant l'état d'esprit de développement

L’intelligence, innée ou acquise ? La simple réponse à cette question pourrait influer sur les résultats scolaires des élèves. Des chercheurs proposent alors pour favoriser leur réussite de les former à l’« état d’esprit de développement », à mi-chemin entre confiance en soi et croyance en une intelligence acquise.

représentation de la progression du cerveau

Comment faire en sorte qu’un élève ne se décourage pas face à une mauvaise note ? Que dire aux jeunes pour les remotiver à la suite d’un échec ? Quels outils pour les convaincre qu’ils peuvent progresser ? Pour répondre à ces questions, Éric Gaspar établit dès 2014 un lien entre la façon dont les jeunes perçoivent l’intelligence et leur réussite scolaire. Lors d’une conférence Tedx, l’enseignant explique à propos de l’une de ses classes : « les 50 % d’élèves qui considéraient l’intelligence comme une donnée fixée à la naissance étaient les mêmes que ceux dont les résultats plafonnaient. J’ai compris qu’ils se bridaient eux-mêmes et qu’il en était ainsi partout en France »

Selon des chercheurs comme l’économiste Élise Huillery, l’une des pistes pour améliorer les résultats scolaires des élèves serait de favoriser leur “état d’esprit de développement”. Ce concept, popularisé par la psychologue américaine Carol Dweck, s’oppose à la vision de l’intelligence comme innée et fixe. « L’état d’esprit de développement se caractérise par l’idée que vous pouvez progresser. Vous avez confiance dans le fait que vous allez pouvoir développer votre réussite et non pas que vous êtes “nul” de manière intrinsèque », explique Élise Huillery lors d’une conférence au Collège de France en avril 2024. Cet « état d’esprit » est donc un savant mélange de confiance en ses propres capacités et de croyance en la plasticité du cerveau, c’est-à-dire que ce dernier évolue tout au long de la vie… et possiblement dans le bon sens ! 

Des expérimentations encourageantes…

En 2019, le professeur américain David S. Yeager fait l’expérience de dispenser une courte intervention sur la plasticité du cerveau à un groupe d’élèves de troisième, et analyse ensuite leurs résultats scolaires. Verdict : la moyenne de ce groupe est plus élevée que celle du groupe témoin, qui n’a pas suivi la formation (+ 0,1 point sur 4). Le chercheur observe également que l’effet est d’autant plus important pour les élèves ayant initialement des notes au-dessous de la moyenne. 

Grâce à une expérimentation similaire en France, menée avec l’association Énergie Jeunes, Élise Huillery met en avant des effets bénéfiques de telles interventions sur la perception que les élèves ont de leurs chances de réussite, le comportement en classe, la moyenne générale et les aspirations. Le tout à moindre frais par rapport à de coûteux dispositifs comme les dédoublements de classes ou les Zones d’Éducation Prioritaire (ZEP) devenues REP (réseau d’éducation prioritaires) et REP+. En effet, le programme consistait en 12 séances d’une heure de la 6e à la 3e, animées par des bénévoles.

D’autres travaux soulignent aussi l’importance de former les enseignants à une méthodologie de feedbacks constructifs. Cela est primordial afin que le retour sur le devoir d’un élève par exemple ne tombe pas comme un couperet, mais ouvre des pistes d’amélioration tout en soulignant le positif.

…  qui cherchent encore leur place

Des tentatives de rencontre entre neurosciences et éducation ont lieu depuis le début des années 2000, avec un point d’orgue en 2018. Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’Éducation, crée le CSEN (Conseil Scientifique de l’Éducation Nationale) avec à sa tête Stanislas Dehaene, spécialisé en psychologie cognitive. Cette nomination inquiète cependant certains syndicats de professeurs. Ils redoutent un “tout neurosciences” au sein de l’Éducation nationale, au détriment des méthodes pédagogiques et de la prise en compte à leur juste mesure des inégalités sociales. 

Élise Huillery faisait partie du CSEN, mais en est partie avec deux autres économistes, Yann Algan et Julien Grenet, en décembre 2023. Tous trois considèrent que le gouvernement n’a pas suffisamment consulté le CSEN avant d’annoncer sa politique du “choc des savoirs” (dont la mesure phare est la mise en place de groupes de niveau).

Élise Huillery et Yann Algan continuent cependant leurs programmes de recherche dans l’éducation avec notamment « Motiv’action ». Ce dernier consiste à former des enseignants aux compétences sociales et comportementales, dont l’état d’esprit de développement. En s’adressant aux professeurs, il vise à avoir un impact sur leur mentalité et leur méthodologie, afin que cela ruisselle ensuite sur les élèves. Affaire à suivre donc !

Pour aller plus loin : 

  • Conférence TEDx d’Éric Gaspar - “Quand les neurosciences rencontrent l’éducation” : 
  • Conférence d’Élise Huillery au Collège de France - “Développer la coopération, la confiance et l’autonomie des élèves : pourquoi et comment”
  • L’état d’esprit de développement source 1, source 2
  • Le projet Motiv’action sur l’Académie de Versailles

Faire un pas de côté : 

  • Débat “Les neurosciences en éducation et en formation : effet de mode ou révolution ?”
  • Conférence TEDx de Samah Karaki - “L’intelligence n’est pas un talent inné”

 

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